Carnet III de Mme Cappelle Louise née Denis pendant la guerre
                       de 1914-1918 .                 

Lundi 1er Janvier 1917 Coups de fusils à minuit pour fêter le nouvel an.
L'année dernière, c'était le canon du front qui remplissait cet office. A onze heures ( minuit heure allemande ), il gronda 1/4 d'heure.
A 12h, le canon anglais saluait de même la nouvelle année.
Ce soir notre officier nous envoie par écrit ses souhaits d'heureuse année : " Heureuse année !"... C'est bien sombres qu'ils s'annoncent ces douze mois de 1917 . Que nous réservent-ils ? La conclusion de la Paix ou de nouvelles épreuves ?
La note juste nous a, je crois été donnée par notre présidente de St Vincent de Paul: " Mesdames nous a-t-elle dit, je vous souhaite une bonne année et pour vous certainement cette année sera bonne car le bon Dieu vous y donnera l'occasion de beaucoup souffrir pour Lui."
Voilà des paroles chrétiennes mais combien peu parlent ainsi et songent à offrir leurs souffrances au ciel en expiation de leurs fautes et de celles de leurs compatriotes.
Mardi 2 Janv Annonce d'un casino chez Juliette. Charmante perspective !
Mercredi Un ouvrier nommé Cornélis étant atteint de pleurésie , le Dr Raverschot lui délivre un certificat attestant qu'il est incapable de se rendre au travail.
Les docteurs sont appelés à la Commandanture où on leur signifie de n'avoir plus à donner des certificats de ce genre.
Les ouvriers qui refusent le travail aux Allemands sont mis au cachot , pain sec et eau.
Jeudi On apprend que le Général résidant à Roulers aurait profité de faire évacuer la ville en huit heures, la trouvant trop près du front.
Le Commandant de place s'y serait opposé, l'affaire aurait été portée à Uhielt qui aurait donné raison à ce dernier .
Voilà qui est rassurant pour Menin, situé à peu près sur la même ligne que Roulers..
Vendredi 5 janv Affiche annonçant la réquisition des métaux : cuivre, étain, nickel etc..
Les Allemands offrent de payer 1fr 50 le kg... Grand merci !... et menacent de 10 000 m d'amende ou de 5 ans de prison ceux qui ne livreraient pas les pièces désignées...
En avant, les bonnes cachettes !
Samedi Visite à Menin du bourgmestre de Comines qui se plaint du manque de lait pour la population. Les Allemands ont réquisitionné tout le bétail ; 70 litres de lait seulement sont distribués par jour à toute la ville.
C'est la mort des tout petits.
Départ du bureau chez maman. Départ des troupes séjournant en ville. Départ que personne ne regrettera car elles renfermaient pas mal d'audacieux voleurs dont les commerçants ont eu à se plaindre.
Dimanche 7 Combat d'avions . Vers sept heures forte secousse.
Violents coups de canon depuis plusieurs jours. Les attaques au front augmentent d'intensité dit-on.
Lundi Aujourd'hui jour fixé pour la livraison du cuivre. Nous apportons un bol et un cendrier, plus les plateaux de la balance et un porte parapluies..... qu'on nous rend !.
Le Commandant de Place et Schmidt font ce matin irruption dans l'usine afin d'y préparer un logement pour les troupes. Albert fils les aperçoit le premier.
Enfin, dernière et troublante nouvelle, on apprend que tous les civils allemands doivent se tenir en alarme, leurs malles prêtes à être bouclées tous les soirs.
Mardi Le sonneur public annonce par les rues que la quantité de cuivre remis aux allemands est notoirement insuffisante. Des perquisitions seront faites en ville et le cuivre ne sera plus payé....Ce qui nous est égal !.
Jeudi Un homme p. (sic).
Nouveau bureau chez mes beaux parents.
Vendredi 12 Violente secousse cet après midi.
Samedi Nouvelle sonnerie pour le cuivre.
Dimanche Une nouvelle affiche annonce que 25 bouteilles de vin seulement par famille peuvent rester en possession des Meninois qui.... ne s'énervent pas pour si peu et envoient le produit prohibé rejoindre dans les innombrables cachettes : pommes de terre, beurre, oeufs, chicorée, etc, etc.
Cette après dinée , conversation à travers les fils de fer avec Mme Dhonger d'Halluin qui compte partir prochainement pour la France par les trains d'évacués. Cette personne passera par Paris et donnera ainsi à mes parents de nombreux détails sur notre vie ici.
Mardi 16 Un soldat allemand vient enlever aujourd'hui notre chaudière à lessive en cuivre.
Mercredi De nombreux habitants de la rue de l'agneau sont emprisonnés aujourd'hui pour n'avoir pas livré suffisamment de pommes de terre.
Je signale ce fait aujourd'hui mais c'est de l'histoire courante.
Jeudi 18 Les vivres fournis par le ravitaillement sont notoirement insuffisants. On ne délivre plus depuis longtemps de pommes de terre.
Jean, les enfants, attrapent des furoncles dus nous dit le docteur à la mauvaise qualité de la nourriture.
Chez les ouvriers, l'on se couche à six et sept heures du soir pour tromper la faim et économiser l'éclairage.
Les médecins de la ville ont fait à ce sujet une démarche collective à la Commandanture. Ils n'ont rien rien obtenu du tout.
Dimanche 21 Prix des vivres à Tourcoing :
Jeudi 25 Visite d'avions anglais. Un avion, lequel ? prend feu et tombe à pic sous nos yeux.
Vendredi Depuis plusieurs jours, il gèle, il gèle à pierre fendre, chose rare ici. Hier le thermomètre enregistrait 12 degrés sous 0. La Lys se prend et les pauvres gens manquant de charbon souffrent beaucoup du froid.
Le froid, la faim, c'est complet . .
Samedi Lu hier un article sur la hausse effrayante des tissus encore plus sensible à l'intérieur du pays qu'ici.
On préconise comme ressource suprême la sortie des fonds d'armoire. C'est ce que l'on fait.
Dimanche Pas de sermons aux messes aujourd'hui en raion du froid. Les Allemands ayant fait main basse sur les deux grands poêles de l'église ; la température y est glaciale et l'eau est en glace dans les bénitiers.
Lundi 29 Le comité délivre pour 0,30 de marchandises par personne cette semaine, le beurre se vend 18 frs le kg, le lait est quasiment introuvable. C'est dire combien les tables méninoises ont piteuse apparence.
On pourrait faire un recueil de " recettes de guerre" mises en exécution ici.
Le beurre quand on le trouve trop coûteux, simplement allongé d'eau, se fabrique grâce à une pâte de farine, eau et sel et dans lequelle le beurre , le vrai, entre en très petite proportion.
La bière est de l'avis des brasseurs eux-mêmes incapable d'enivrer un homme.
Le café s'obtient en torréfiant soit du froment, soit du seigle .
On fait des mayonnaises qualifiées d'excellentes en assaisonnant copieusement une épaisse sauce blanche d'eau et de farine.
Nous recouvrons les tartines des enfants d'un sirop de betteraves qui a au moins un mérite, celui d'être naturel.
Et ainsi de suite..
Un bon point cependant à la céréaline ( produit américain) avec lequel on fait des galettes et des beignets excellents, malheureusement le comité seul en délivre et en petite quantité.
Mardi Ce soir les becs de gaz se sont éteints avec ensemble, au salut . Hier même, incident chez Mme Vandalle. Manque de charbon probablement ..
Mercredi 31 janvier Le froid continue à sévir, le combustible fait défaut.
Que faire pour se réchauffer ? Patiner ! et l'on patine avec fureur. J'ai pris aujourd'hui ma première leçon qui m'a donné bien envie de continuer ce joli mais peu sûr exercice.
La Lys est complètement gelée. On la traverse à pieds secs. Les fraudeurs s'en donnent joie !
Nous pouvons aujourd'hui aller chercher enfin ! notre ration de pommes de terre : 1500gr par personne et par mois et pas de riz depuis des semaines au comité.
Les pauvres gens doivent vivre de tartines de pain gris et de café noir.. Et quel café ! .
Jeudi 1er février Un avion anglais tombe aujourd'hui, faubourg de Bruges, à quelques mètres de Pierre Ghesquière. Les deux aviateurs qui semblaient vivants avant de tomber sont relevés morts et très mutilés.
Vendredi Distribution de vêtements envoyés d'Amérique..
Samedi 3 janv (sic) On annonce le départ du Commandant de Place : Ribbentrop et l'installation d'un nouveau.
De ce coup Mme Bernaert qui depuis des mois et même des années sollicitait en vain l'autorisation de rentrer à Menin pourra venir rejoindre son mari et son fils..
Dimanche Tous les cafés et certains magasins sont interdits aux soldats allemands. Bonne mesure, cela mettra fin à bien des abus.
Lundi Le ravitaillement devient plus important. Cette semaine nous obtenons :
     250 gr riz par personne
     100 gr lard salé
     100 gr saindoux
     et une boîte de lait par semaine pour les enfants nés en 1914, 1915 , 1916.
Nous en avons eu un chaque année.
Mardi On annonce la rupture des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Allemagne.
Jeudi Le " bien public" et " het Volk ", les seuls journaux belges qui nous parviennent sont dorénavant interdits. .
Dimanche 4 Février Quatrième leçon de patinage. Le professeur est bon, heureusement et près de lui je réussis à faire honnête figure sur la glace mais s'il s'éloigne !... patatras.
Jean-Marie est plus franc et bravant les culbutes il se lance avec nous comme un petit homme. .
Vendredi 9 février Le transit par bateaux étant devenu impossible, le charbon n'arrive plus à Menin. Les marchands ont reçu l'ordre de réserver tout leur stock pour la Commandanture et notre provision touche à sa fin. Que faire ?
Mme S. heureusement nous cède 500 kg de charbon d'usine dont on se contente faute de mieux.
Dimanche Réquisition de sabots par l'allemand.
Lundi 12 février Arrivée chez nous du Rittmeister Kressig de l'abattoir.
Mercredi 14 Mme Bernaert rentre à Menin . C'est un évènement pour la ville . .
Jeudi 15 Le Rittmeister exige le bureau américain de Jean qui se trouve dans sa chambre.
Ce matin à 5 heures, le signal d'alarme retentit au beffroi. Un incendie !. Où serait-ce ? Bientôt un coup de sonnette vient nous l'apprendre: " le feu est à l'usine ".
Jean se hâte et moi-même dévorée d'anxiété je ne tarde pas à me mettre en route.
Quelle inquiétude est la nôtre ?

Nos craintes heureusement ne se confirment pas mais hélas les faits n'en sont pas moins tristes. Henri Casier, le veilleur de nuit, un brave homme qui depuis de longues années était de service à l'usine reste introuvable. On apprend bientôt qu'il est la proie du feu sans qu'on puisse bien se rendre compte de la cause de cet affreux malheur.
Albert qui estimait beaucoup ce bon ouvrier se montre très affecté de sa perte.
On m'apporte ce matin des détails sur la mort de Maman Denis qui s'est montrée très peinée et très résignée priant beaucoup pour les siens.
Détail qui me cause une vraie joie. La photographie de notre maisonnée que je lui avais fait parvenir quelques jours avant sa mort ne l'a plus quittée, m'a t-on dit, et lui a causé une de ses dernières joies.
Samedi 17 Enterrement de Henri Casier. Toute la famille vient y assister.
Dimanche Savez vous la nouvelle ?. la mauvaise nouvelle.
Ribbentrop que l'on croyait parti pour de bon est de retour dans sa bonne ville ! De retour ! et décoré de la Croix du mérite encore !
C'est sa bonne administration de la ville qui lui vaut cela certainement .
On le cite dit-on comme modèle et messieurs ses confrères viennent solliciter ses conseils.
Ah! certes, cette réputation n'est pas usurpée et les Meninois lui rendent pleine justice .
Personne comme lui ne s'entend à tourmenter, tracasser une population . Gros, rouge, toute sa personne respire l'arrogance et la suffisance . C'est le type parfait du tyranneau faisant peser sur la ville le règne de l'arbitraire et du bon plaisir. Ses subordonnés se modelant sur leur chef jouent avec sérieux leur personnage et la Commandanture est souvent témoin de scènes révoltantes. Tous les Allemands heureusement ne sont pas taillés sur le même modèle et je rends volontiers justice ici aux médecins allemands des diverses ambulances qui, très obligeamment et toujours gratuitement, se sont mis au service des malades de la ville.
Gérard notre neveu atteint d'une hernie a été opéré avec succès par le Dr....(blanc)
Irma, la bonne de nos enfants souffrante d'un eczéma rebelle aux traitements s'est vue soulagée grâce au Dr... (blanc)
Réquisition des noyers de la ville.
Lundi 700 lits doubles sont installés à l'usine. Cela fait de la place pour 1400 h.
Mardi 20 Les Allemands visitent les maisons afin d'en masquer les toits vitrés.
Une sirène d'alarme est installée au beffroi. Dès qu'elle se fait entendre, chacun doit entrer dans les caves ou... 500 m d'amende..
Mercredi 21 Une affiche portant le nom, l'age, la profession de chaque membre de la famille doit être affichée dans le couloir d'entrée de chaque maison.
Nouvelle réquisition en perspective:
- Combien possédez-vous de matelas en laine ?
-un..... les autres sont en kapok.
- en Kapok ! Qu'est-ce que cela ?
- un nouveau produit qui remplace la laine....
Vendredi 23 On annonçait hier soir des perquisitions pour cette nuit.
Mauvaise nouvelle !
Tous les hommes sans distinction de classe dit-on devront tour à tour travailler pour l'armée.
Dimanche 400 jeunes gens de 17 à 25 ans parmi lesquels des collégiens sont désignés pour partir au travail.
La ville est en rumeur. Mr le Principal du Collège fait une démarche à la Commandanture pour obtenir que ses élèves soient exemptés. On dit qu'il n'a rien obtenu. Ce soir les travailleurs rentrent. Ils ont dû décharger des tuiles et des briques.
Lundi Départ des travailleurs à 5h20 du matin . Les collégiens sont dispersés.
Ce soir tout le monde rentre. Les jeunes gens interrogés racontent qu'ils ont du décharger des tuiles et des briques mais ce dont ils ont le plus souffert , c'est de la conduite et des méchants propos de certains ouvriers trop heureux de voir à la peine ces odieux bourgeois.
Mardi L'ordre du travail pour la classe bourgeoise est contremandé.
On ignore la raison de cette volte face, les uns l'attribuent à l'influence de certains officiers qui n'approuvaient pas cette mesure, d'autres supposent que le mauvais esprit des socialistes aurait mécontenté les Allemands eux-mêmes.
Mercredi 28 Février Ce soir visite de nos maisons pour s'assurer si nous sommes tous bien là.
Grand arrivage d'excellente viande de moutons de Hollande pour toute la ville.
Jeudi 1er mars Depuis samedi dernier, Jean demande un passe-port pour Halluin.
A chaque démarche où notre Julien est remis à plus tard, la fameuse pièce n'étant jamais "fertig".
Des petits drapeaux sont apposés sur toutes les maisons possédant de bonne caves. Les soldats et les civils pourront s'y réfugier en cas de bombardement par aéroplanes.
Tout le bétail de la ville sera prochainement réquisitionné.
Samedi Qu'est-ce que ces bruits qui nous arrivent de tous côtés ?. De Gheluve, Dendizeele et ailleurs ?. Tantôt les Allemands font enlever les fils de fer séparant les propriétés, ils font percer des ouvertures dans les haies ! Ici à Menin, ils défendent au contraire qu'on les taille ! De cela, beaucoup déduisent qu'ils prévoient un prochain recul et préparent le terrain.
Ce qui semble confirmer cette opinion , c'est qu'ils n'ensemencent plus comme les années précédentes les terrains situés immédiatement derrière le champ de bataille et qu'ils exigent qu'on leur livre les jeunes veaux dès leur naissance alors qu'auparavant les fermiers devaient les élever avec soin.
Installation d'une laiterie allemande et suppression par le fait même du lait et du beurre pour les civils , les all. exigeant toute la production laitière.
Seront accordés par jour 1/2 litre de lait écrémé pour les enfants en dessous de deux ans et une certaine quantité aux malades.
Or la boîte de lait concentré coûte 3,5. La boite de farine lactée :4,25.
Lundi Après dix jours de démarches répétées le passe-port de Jean est refusé.
On commence à craindre que les Allemands ne réquisitionnent le lait de chèvre..
Mercredi Presque plus de viande en ville .
Vendredi 9 mars Passage de 25 prisonniers anglais .
La laiterie distribue du lait pour la première fois. Un lait écrémé de qualité telle qu'il tourne au fromage au contact du feu. Les docteurs du conseil échevinal vont faire à la Commandanture leurs justes doléances.
Samedi La question du lait gagne un peu de terrain.
350 litres de bon lait seront partagés entre les enfants en dessous de 1 an. Que donner aux autres ?
De la soupe aux pois, conseille le docteur de Quinnemar.
Heureusement ! la fraude , la bonne fraude est là.
Dimanche Haussamnn aidé de 30 soldats perquisitionnent au faubourg de Vewelghem.
On dit qu'un sac d'argent aurait disparu.
Mercredi 14 Un agent de police vient demander si nous avons un coffre fort.
( oui ! et même dans la chambre du Rittermeister...)
On répond que non..
Jeudi Nous obtenons trois cartes de lait pour Marie, Jeanne, Michel et Irma leur bonne soumise au régime..
Vendredi Les Allemands parachèveraient leur installation à l'usine. Ils y apportent une nouvelle dynamo, posent des escaliers , creusent des fosses d'aisance et y apportent quantité de charbon ce qui fait la joie des femmes et des enfants du voisinage qui y puisent à volonté. Dois-je ajouter que.... (blanc)
Ce bienheureux combustible fait complètement défaut dans certaines maisons. Des ouvriers vont jusqu'à brûler leur plancher.
Dimanche Pas de sermon de carême aujourd'hui.
Les Allemands occupent l'église pour y préparer un enterrement d'aviateurs. On apporte les corps ce soir. Les sentinelles les veillent en fumant leur cigarette.
Lundi 19 mars Péronne, Bapaume, Noyon seraient tombés aux mains des alliés. Quelle bonne nouvelle !.
Enterrement d'aviateurs. Grande pompe ! Eglise prise toute la journée.
Nous assistons de nos fenêtres à la réception sous le portique de l'église de Messieurs les officiers.
Force saluts et poignées de mains !
Amusant !
Or comme bien des poules ne pondent pas leurs oeufs, les propriétaires préfèrent les vendre. mais les vendre aux Allemands, c'est dommage.
Aussi, il sévit parmi les bêtes remises à la commandanture une certaine épidémie dont les Méninois n'ignorent pas les causes .
Mardi 20 mars Perquisitions chez les savonniers, Mme Vandaelle, Duquesnoy, etc... Richard Latour surpris alors qu'il faisait fondre de la graisse pour sa fabrication est arrêté et emprisonné.. Gare à.... (blanc)
.
Mercredi La carte de lait pour la bonne de nos enfants Irma est supprimée..
Jeudi 22 L'augmentation des vivres redouble. La farine blanche vaut 500 frs, le froment 210. Heureusement que nous sommes déja munis d'un sac de 100 kg.
Ce qui contribue à raréfier le blé, c'est l'arrestation du meunier du Moulin Blanc où 23.000 kg auraient été saisis et par l'entremise duquel la ville se ravitaillait.
La soupe distribuée par le comité a beaucoup de succès.
Vendredi 23 mars Ce soir, Julien nous apporte 2kg1/2.
Samedi Avions sur la ville.
Mme Britaye trouvée porteur d'un litre de lait pour son fils malade est condamnée à 200 m d'amende.
C'est le sort qui attend tous ceux qui se risquent à l'imiter et ils sont nombreux. Le lait se transporte dans des bouteilles cachées sous les vêtements. Les pommes de terre aussi.
Lundi Les Allemands dressent la liste de toutes les femmes de la ville âgées de 15 à 45 ans, les mères de famille exceptées..
Jeudi 28 mars Les Allemands passent en revue les voitures de la ville . Ils en prennent deux. On doit leur amener toutes les chèvres pour une inspection probablement.
Une personne de la ville part munie d'un passe-port pour la Hollande. Arrivée là, elle insèrera un mot dans le bulletin des armées, journal des alliés donnant ainsi de nos nouvelles à mes Parents et à Madeleine.
Dimanche 2 avril Voici le printemps. Nous pouvons à nouveau jouir de nos jardins, une des rares distractions qui nous restent ; et l'on verra comme l'an dernier, les Allemands dessiner, peindre, photographier, à loisir le gracieux coup d'oeil que présente notre petite ville se mirant dans la Lys. La Lys dont les eaux jadis noires et embourbées grâce aux usines et au rouissage du lin sont depuis la guerre limpides et poissonneuses et dont le cours sinueux enlace si joliment la coquette dégringolade de nos jardins, dominée par le vieux beffroi et le clocher trapu de l'église St Vaast.
Le sapin de notre jardin, âgé dit-on de plus de cent ans et dont les branches baignent dans l'eau a lui aussi plus d'une fois l'honneur d'une reproduction..
Mardi 3 avril Une femme mère d'un enfant de trois mois qu'elle nourrit étant condamnée à la prison, régime pain sec et eau, son nourisson lui est amené trois fois le jour et.... ses langes servent fort à propos de garde manger pour sa maman. On nous a même certifié..
Jeudi Nous complétons aujourd'hui notre provision de froment par 100kg à 310 frs. Mais où les cacher ?
le fameux grenier aux rats sert encore une fois d'asile au produit prohibé. Pourvu que les rats !.
Vendredi 6 avril Hier soir vers 9 heures 1/2. Les canons, la sirène se font entendre. Les bombes aussi. La maisonnée déjà presque endormie s'agite et se réfugie à la cave. Ce matin on apprend que 4 à 5 bombes sont tombées aux alentours de la gare atteignant un train. Plusieurs soldats furent dit-on blessés par la mitrailleuse de l'aéroplane..
Samedi 7 Combat d'avion dont 7 anglais. Un anglais aurait été touché il semble qu'il ait pu repasser le front , un ou deux Allemands auraient été atteints aussi..
Dimanche 8 avril Aurore de Pâques. radieux soleil, temps propice aux avions qui ne manquent pas d'arriver. Patatrac ! les bombes pleuvent !... vite à la cave avec tous les enfants. Le calme revenu, on va tranquillement remplir son devoir pascal.
Prix des vivres
            Beurre : 20frs le kg
            oeufs : 0.45 à 0.55 l'oeuf
            haricots : 5 à 6 frs le kg
            pois secs : 4.50 -"-
            froment : 300 frs les 100 kg
            P. de terre : 150 -"-
            huile de table : 30frs le litre et introuvable.

40 prisonniers anglais passent en ville.
Mardi 10 avril Nouvelle affiche concernant la déclaration des vins qui doivent être tous signalés à la Commandanture.
Défense d'en consommer sans autorisation ce qui n'empêchera pas les Méninois de vider encore plus d'une bonne bouteille..
Vendredi 13 avril .Ce matin, 8 bombes sur Werwicq.
2 morts, dit-on.
Mardi 17 avril Ce matin Haussmann arrive à l'usine pour une perquisition ( question savon et graisse).
Jean qui du bureau guettait son entrée le reçoit très à l'aise.
- Bonjour M Haussman;
- Bonjour M Cappelle. Vous faites du savon m'a t-on dit.
- Mais oui.
- et avec quoi le faites-vous ?
- avec de la graisse !!!
- Mais oui... de la graisse anglaise ou "raduin" dont nous possédions une assez bonne quantité avant la guerre, je puis même vous montrer les factures. Et l'on montre au chef de la police allemande..
Haussman est convaincu et après une perquisition d'ailleurs sans résultat se retire. Ouf !.
17 avril Trois soldats allemands déserteurs se disant alsaciens et que la ville d'Halluin cachait et entretenait à leurs frais sont livrés à l'autorité allemande par une femme.
Cela coûtera cher à la ville ..
Lundi 23 Avril Depuis des semaines nous cherchons vainement des pommes de terre. Notre provision de riz s'épuise. La famine prend à Menin de tristes proportions. On voit beaucoup d'habitants maigrir et s'affaisser et les fraudeurs ont de la besogne. Les jupes sont ..(blanc).
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Mardi 24 Combat d'avions. Un avion allemand s'enflamme et tombe sous les yeux de Jean et de Jean Marie..
Vendredi 27 avril La ration qui nous est allouée en lait étant insignifiante nous cherchons mais inutilement à nous en procurer. Les fermiers rendus méfiants par l'expérience ne veulent pas en livrer en fraude. Il consentent seulement .... (blanc)
Las de nos recherches vaines pour trouver des pommes de terre dont nous sommes privés depuis. (blanc)
Samedi 28 avril Enterrement d'aviateurs. Grand gala. Depuis que les Allemands ont aperçu le beau décor de l'église lors de l'enterrement de M Pardoen, le bourgmestre, ils l'exigent pour eux à tout propos et hors de propos.
Aperçu des prix:
Froment 400 frs les 100 kg
P. de terre 200 frs
Riz 10 frs le kg
On mange du chien que l'on trouve bon? Il aurait, dit-on, le goût de chèvre.
Dimanche 29 avril Profitant du beau temps clair, je photographie à nouveau nos enfants. Seulement ...(blanc).
Impossible de trouver un tissu pour une vareuse pour Jean Marie.
Lundi 30 avril Epidémie de rougeole en ville. Classes licenciées.
Nous rentrons aujourd'hui. (blanc)
Mardi 1er mai Les filles de Mr Vuylstehe, leur frère et leur institutrice ayant franchi de quelques mètres et par mégarde, en se promenant, la limite du territoire de Menin sont condamnés à payer 700 m d'amende.
Trouvant avec raison une pareille somme excessive, elles préfèrent faire de la prison et rentrent derrière les verrous aujourd'hui.
Jeudi Epilogue de la trahison d'Halluin.
M Albert Ovigneur, Président du...(blanc) est condamné à 12 ans de travaux forcés en Allemagne. D'autres messieurs sont aussi condamnés à être exportés outre-rhin.
La ville est pleine de troupes . 400 hommes s'installent à l'usine. Ils exigent le bâtiment du seillage pour y mettre des chevaux.
Vendredi Jean échange son chien de chasse contre un congénère mieux dressé dit-on. Notre pauvre Bob est destiné à être.... mangé !
Le ménage Passet, un brave couple d'équilibristes ayant obtenu un passe-port quitte aujourd'hui la ville pour Anvers. Ils emportent eux aussi une photo des enfants qu'ils tâcheront de faire parvenir à mes parents..
Samedi Grande désolation à Menin. Les allemands réquisitionnent 100 chèvres sur les 200 que la ville compte.
Ils diront ensuite avec photos à l'appui que les Belges les leur vendent de plein gré.
Dimanche 6 mai La famille Vuylstehe, ayant quitté hier soir, la prison, je vais aujourd'hui leur rendre une visite de .. félicitations.
Les jeunes filles ont les traits tirés.
Mais aussi quel régime ! Chambre obscure et sans air occupée par 26 personnes, ce qui créait une atmosphère quasi irrespirable. Unique nourriture : pain sec et eau. Eau servie dans une seule cruche. Permission de descendre, deux fois le jour seulement. Inutile de dire que plus d'une parmi les occupantes de la chambre ne put supporter le régime et dut être emportée malade.
Notre petite Louise tombe malade de la rougeole..
Lundi 7 mai Voici un exposé de la situation à ce jour :
Pain - noir prix peu élevé mais par ration de 220 gr par personne,
Riz.- il se distribue par ration de 100 gr au ravitaillement ,
Haricots.- aussi, mais on n'en délivre pas toutes les semaines
Saindoux et lard.-quantités raisonnables
Pommes de terre.- sévèrement prohibées. Celles qui passent en fraude se vendent de 200 à 300 frs les 100 kg.
Riz.- 10 frs le kg et plus quand on en trouve
Pois et haricots.- 5 à 7 frs le kg
Lait.- complètement réquisitionné.Il est accordé 1/2 litre aux enfants en dessous de 1 an, 1/4 aux enfants en dessous de 2 ans.
Le comité pour l'enfance supplée heureusement en partie à cette insuffisance par des boîtes d'excellent lait et des distributions de "zéaline" ( sorte de farine de maïs)
Les malades, gravement atteints seulement reçoivent une ration de lait de la laiterie allemande.
Charbon.- manque totalement. Certaines personnes pour se réchauffer pendant cet hiver tardif en sont réduites à se mettre au lit. Une partie du combustible affectée aux boulangers leur a même été supprimée.
Soupe.- assez nutritive et fort bien accueillie
Viande.- Ration de 100 grs par pers, tous les mois environ.

Le bruit se répand que Comines Timbrilen a dû évacuer les hommes séparés de leur famille, dit-on. Un bébé de trois jours emmené avec sa mère est mort presque immédiatement après le départ.
Panique à Menin .
Mercredi 9 mai On évacue Houthern et l'on parle de l'évacuation de Comines, Werwicq et Menin. Dieu nous protège.
Jeudi 10 mai Vers 1 heure, nombreux avions sur la ville.
Combat : 64 bombes faubourg de Rechern
Une surprise ! On nous remet aujourd'hui une carte de mon oncle Xavier datée du 25 mars et provenant d'Allemagne où notre oncle a été emmené en otage.
Nous trouvons là des nouvelles d'une bonne partie de la famille, de Maman, de Madeleine, de nos oncles et tantes, de Xavier fils, Gabriel et Jules qui sont au front. J'en suis toute réjouie !
Quel dommage que la carte contienne si peu de détails. J'ignore si Maman et Madeleine sont en bonne santé.
Notre fermier Hoormaret est mis en prison pour avoir dit que .... aux soldats allemands qui lui jouaient de méchants tours alors qu'il travaillait ses champs.
Départ des soldats de l'usine pour une attaque, dit-on.
Samedi Grande réunion d'officiers. Conseils de guerre à Menin.
Les soldats rentrent à l'usine..
Dimanche On apprend que la panique de ces derniers temps n'était que trop justifée. tout le pays jusqu'à Wevelghem et Comines y compris devait évacuer.
La réunion de samedi en aurait décidé autrement .
Lundi M Ovigneur qui devait partir pour l'Allemagne aujour'hui a été trouvé mourant dans sa prison. Transporté ailleurs, il est mort quelques heures après.
Mardi Un docteur allemand vient de la part de la Commandanture constater la rougeole de Loulou.
Nos enfants et moi-même faisons chaque jour notre petite promenade entéressée à la ferme. On y absorbe chaque fois 2 à trois litres de lait et les petits s'en trouvent fort bien.
Louise , notre malade, ne perd pas sa part. Je la lui rapporte chaque fois cachée soit dans mon corsage soit dans une poche. Aujourd'hui la fermière voulait absolument mettre la bouteille dans... faut-il le dire ?.. dans ma culotte !.
Vendredi Vers trois heures de l'après midi, on vient nous annoncer que des perquisitions sont faites dans toute la ville .
Remue ménage.
Les soldats arrivent ! deux bonasses qui circulent du grenier à la cave en répétant partout ni (blanc) .
Dimanche 20 Thérèse, Michel et Marie Jeanne gagnent à leur tour la rougeole qui sévit ailleurs en ville.
Et penser qu'on ne délivre pas de lait pour ces petits malades. leur maman pourra faire plus d'une course à la ferme..
Dimanche Hier soir vers 10 heures : sirène, avions sur la ville. Une bombe tombe près de chez Melles Isebaert détériorant gravement la maison et blessant gravement melle Julie.
Lundi 28 mai Cette nuit: sirène . C'est le clair de lune qui nous vaut cela. Dès que les nuits sont claires, Jean se frotte les mains et dit " tant mieux, les avions pourront faire bonne besogne " , moi je réponds " tant pis, nous dormirons mal".
Passage extraordinaire de troupes dont une partie s'arrête en ville et loge chez les habitants: 60 hommes chez Mmes..;(blanc), 30 hommes chez Melle Provost et ainsi de suite.
On raconte que les anglais auraient fait une attaque d'Ypres à Armentières, seraient entrés dans trois tranchées all. puis se seraient retirés.
C'est ce qui nous amène ces troupes de renfort.
Une partie de Comines doit, dit-on, évacuer . .
Mardi 29 Passage des évacués de Comines à la gare de Menin. On apprend que les ménages ne sont pas séparés. La panique croît en ville.
Ce soir "alarme" , départ des troupes nouvellement arrivées..
Mercredi Cette nuit, la sirène meugle 3 fois . Canon.
Ces dernières semaines le ravitaillement est plus fourni. Nous obtenons cette fois ; haricots, pois, lentilles, confitures, oeufs et saindoux..
Jeudi 31 mai On annonce que Comines a l'ordre de s'apprêter pour une évacuation.
Ici, chacun commence des préparatifs de départ. On pourrait emporter , paraît-il, 25 kg de bagages mais il faut les transporter soi-même.
Je m'informe à la banque s'il ne serait pas possible d'y mettre des objets de valeur en dépôt. Toutes les places sont prises. Albert et Flore nous offrent une petite place dans leur coffre. J'y dépose nos draps et taies, des oreillers brodés ainsi que le couvre lit.
Le reste, bronzes, vases en cuivre, cristaux, porcelaines etc, etc est mis en sûreté dans un coin de la cave que nous faisons murer.
Voici la liste des objets cachés :
un bronze vercingétorix
un bronze : le coucher de l'enfant.
2 grands vases de cuivre bruni val 72 frs pièce
1 grand vase de cuivre valeur 50 frs
1 marbre " La fiancée du village"
1 vase Gallé valeur 42 frs
1 vase cuivre valeur 15 frs
1 coupe cristal valeur 20 frs
1 service à café porcelaine 37 frs
1 service de verres cristal
6 cuillères en argent
3 assiettes à bonbon métal argenté
1 service à hors d'oeuvre
1 seau à fruits métal blanc
1 jardinière métal blanc
2 vases métal blanc
1 jatte à crème métal blanc
1 service à salade en corne
1 petite coupe cristal et métal bronzé
1 timbale d'argent
3 ronds de serviette argent
1 hochet d'argent à Michel
2 beaux missels
1 vitrine du salon 300 frs
1 armoire 300 frs
1 table 70 frs
1 prie Dieu 40 frs 1 bonbonnière peinte
Une caisse de vin de muscat
Mes beaux parents y apportent aussi une foule de choses
.Réquisition de Champagne !
Vendredi 1er juin Passage d'évacués de Comines se rendant à Halluin.
cette nuit, grande intensité d'artillerie au front. Violente secousse qui éveille toute la ville..Certains pensent que les All. se disposent à occuper les tranchées au " God" situées sur la ligne de Werwicq et qu'ils ont fait creuser en arrière du front par toute une armée de civils belges.
Obligation est faite aux Méninois de déclarer à la Commandanture la récolte présumée de fruits. Un quart seulement est laissé à la population... 300 m d'amende aux contrevenants..
Samedi 2 juin On annonce l'arrivée de 2 divisions d'armée. Gare à nos maisons !.
Oui, gare à nos maisons car la Commandanture avertit aujourd'hui mes beaux-parents que le Général de Werwicq occupera leur maison et qu'il les met ... poliment à la porte..
Le capitaine... (blanc) des ballons dont les bureaux sont dans les salons ne veut pas quitter la place et fait démarches sur démarches dans ce but. S'il reste , nous restons . Réussira t-il ?
Dimanche 3 juin Quelle journée !
Quinze obus sur la ville ? Des morts ! Des blessés ! et papa et maman mis à la porte de chez eux !
Le plus curieux, c'est que les premiers obus ne nous avaient pas trop effrayés. On en attribuait le bruit cependant terrifiant à de nouveaux canons allemands placés de fort calibre. Il en était tombé plusieurs pendant la matinée puis vers midi.
A 1 heure de l'après midi, la commandanture fait signifier leur congé à mes beaux parents. Un peu plus tard, Schuman vient désigner ce qu'ils peuvent emporter et toute la famille affairée, enfants, beaux parents, petits enfants se met à opérer le déménagement de chez eux à chez nous.
Cependant vers cinq heures, la chute des obus se fait continue, des vitres se cassent chez nous. Notre Rittmeister rentre tout effaré et raconte à Jean qu'un officier vient d'être blessé près de la maison par un éclat. tous se réfugient dans la cave et l'on profite des intervalles de calme pour descendre les matelas car nous avons décidé d'y passer la nuit.
Le Rittmeister sans attendre d'invitation se fait notre commensal.
Chute d'un avion allié. L'aviateur fait une mort terrible.
Lundi 4 Juin Nouveaux détails des bombardements d'hier.
Quatre morts, plusieurs blessés. les obus tombés sur la ville sont d'énormes , des 38. Le bruit de l'éclatement en est terrible, les éclats rejaillissent à un et deux kilomètres.
Jusqu'à présent, ce sont la gare et ses alentours qui sont visés.
le Commandant de place craignant pour son auguste personne a abandonné ses chers administrés pour aller coucher à Vewelghem.
Fin du déménagement de Papa et Maman. Ils quittent leur maison et viennent passer la journée chez nous. Juliette et Henri leur offriront le coucher.
Anna reste chez nous.
Quatre obus sur la ville. Nous parachevons notre installation dans la cave.
Les officiers attribuent le bombardement de la ville à des représailles anglaises en réponse à un grand bombardement de Poperingue situé bien en delà, en arrière du front allié. .
Mardi 5 juin Le Commandant de Place se décide à loger à nouveau en ville mais tout à l'extrémité, chez Daniel Devos qu'il fait déloger et à qui il accorde un passe-port pour Bruxelles.
Départ de Melle Lannoy.
Mes beaux-parents ayant sollicité, eux aussi, un laisser-passer pour quitter la ville, se le voient refuser sous prétexte dit Schmidt qu'ils n'ont pas été obligés d'abandonner leur maison. Quel toupet !
Court bombardement et visite d'avions toutes les nuits. .
Mercredi 6 Journée mouvementée.
20 obus sur la ville. Un tram de munitions fait explosion dans l'après dinée.
15 bombes d'aéroplanes tombent au Pont neuf incendiant le seillage Stragier.
Des sifflements se font entendre au dessus de nos têtes qu'on attribue au passage d'obus lancés dans je ne sais quelle direction.
Mille blessés passent par jour aux ambulances de la gare.
Nous avons retiré l'argent de la Banque et l'on prépare les bagages ainsi que des sacs à porter sur le dos en cas de départ précipité.
Werwicq ayant subi un grand bombardement hier évacue dit-on demain.
Jeudi 7 juin A 3 heures 1/2 du matin, le bombardement commence, puis les avions nous survolent.
Vers 7 heures alors que nous remontons de la cave, nous assistons du jardin à un curieux combat d'aéroplanes.
L'appareil anglais cerné par plusieurs ennemis fait mine de perdre l'équilibre, il tourne sur lui même tel une feuille morte puis alors que pleins d'effroi nous croyons assister à une horrible chute, il repart subitement en ligne droite et recommence le combat. Plusieurs fois ce manège se renouvelle sous nos yeux émerveillés
Le bombardement ne cesse qu'à dix heures.
On dit que les évacués de Werwicq sont passés en chemin de fer, plusieurs sans avoir eu le temps de quitter leurs vêtements de nuit. Ce bruit ne fait qu'accentuer nos craintes et l'on emballe toute la matinée.
Départ du Rittmeister qui va chercher route de Vewelghem un gîte un peu plus sûr.
Les voitures d'ambulances emplies de blessés circulent continuellement. Ce serait cette nuit que, minées par les alliés, les tranchées de Wyscacte ont sauté, causant ici même une forte commotion. De notre abri souterrain, nous n'avons rien ressenti.
Vendredi 8 Bombardement dans l'après dînée.
Cette nuit un avion laisse tomber une bombe rue Wahis, détériorant 15 maisons dont 7 rendues inhabitables.
700 personnes sont désignées pour partir demain à 3 heures du matin et les blessés continuent d'arriver nombreux, nombreux !......
Samedi 9 juin 16000 blessés sont passés à l'ambulance du collège depuis le début de l'attaque anglaise.
A la ferme Dhont où cet hiver, nous allions patiner , on ampute les bras, les jambes dans les prairies, le tout est jeté pêle-mêle dans une fosse creusée pour la circonstance. C'est un concert de cris, de plaintes qui résonne douloureusement dans le voisinage.
60 obus sont tombés sur la ville depuis le début du bombardement . Et cependant, malgré tout, la maison me tient à coeur par ses liens si étroits que je souffre à la pensée d'être forcée de la quitter. Elle fut le cadre cher de 9 années de bonheur, tous nos enfants y sont nés, y ont grandi, seule la pensée que ce bonheur, au moins, je l'emporte avec moi et que c'est pour le défendre que nous nous exilerons me console dans cette vive angoisse.
Dimanche 10 La ville si terriblement menacée se consacre au Sacré Coeur, cérémonie émouvante entre toutes.
Puisse le bon Dieu avoir pitié de nous.
Coup de théâtre, papa qui sollicitait mais en vain un passe-port est autorisé à rentrer chez lui. Le Général n'ayant jamais d'ailleurs habité personnellement la maison et préférant se mettre en sûreté au moulin blanc. Tous les officiers l'imitent et logent à l'extrémité de la ville. Le commandant de place que ses fonctions retiennent en ville quelques heures par jour occupe dans les caves de la Commandanture un cabinet complètement blindé.
Papa retenu en otage plusieurs heures par jour de cette semaine ne l'a aperçu qu' à travers une étroite fenêtre.
Tous les bureaux de son service sont eux aussi à l'abri. L'évacuation de Werwicq est à peu de chose près un fait accompli, paraît-il. A notre tour maintenant !
Mais que ferons nous de toutes ces provisions amassées à grands frais car il est impossible de songer à tout emporter , un maximum de 25 kg par personne nous étant assigné comme bagage !
A tous risques, on commence à les consommer. Mais si nous ne devions pas partir ?
Mardi 600 personnes sont désignées pour partir endéans les 3 jours. le comité distribue aux partants le secours de la semaine alloué ordinairement le vendredi. Ils peuvent se fournir déjà au ravitaillement.
Intense mouvement de troupes depuis plusieurs jours.
Le bombardement ayant fait trève, Jean et moi abandonnons notre obscure chambre à coucher emmenant Michel et Marie-Jeanne. Nos autres enfants y demeurent encore avec les servantes.
Mercredi 13 juin Ce soir commence la contre attaque allemande : feu roulant, violentes détonations des canons plus rapprochés maintenant et dont certains seraient placés, paraît-il, au hameau du Coucou.
Samedi 16 Des hommes évacués de Werwicq arrivent à Menin vers 5 heures partis depuis 2 h de l'après dînée. A onze heures du soir et malgré leur fatigue on les envoie décharger des wagons. Ils rentrent à 5 heures du matin.
Ceux qui essayeraient de désobéir aux ordres sont mis à un régime de pain sec, eau et le reste qui mate les plus récalcitrants..
Dimanche 17 Les couvents des Bénédictines de St Georges et du Cénacle reçoivent l'ordre du départ pour cette semaine.
Les évacués de l'autre jour campent à Vewelghem, Besseghem et Deinze reviennent en fraude chercher vivres et matelas : " Emportez de la nourriture, disent-ils, c'est la le principal !".
Lundi 18 Tout le bétail de la ville doit être remis aux Allemands : vaches, chèvres, porcs, moutons, poules, etc..
La laiterie s'en va .
Les troupes pour nourrir les nombreux chevaux de la cavalerie coupent froment, avoine encore verts.
Nous serons,dit-on, partis pour la fin du mois.
Quel déchirement.
Mardi 19 Le pain est noir, il sent mauvais, il est absolument immangeable.
Nous en cuisons à la maison.
Beaucoup revendent leurs provisions. 100 kg de notre froment partent pour Vewelghem.
Le capitaine...(blanc) a bien voulu se charger à ma demande, de porter une valise remplie d'objets chez Mme V.. à Courtrai. maman et moi y mettons les robes de soirées. J'y ajoute mes beaux couteaux.
Mercredi 20 Bombardement vers 10 heures et demie.
5 obus dont un gros éclat tombe dans la rue à quelques mètres de Jean qui se hâtait vers la maison.
7 soldats tués, un obus dans le gazomètre.
J'ai omis de raconter que la semaine dernière un pasteur protestant a été tué par un éclat en face de chez Albert à deux kms du lieu de l'explosion de l'obus.
Le reste du mobilier de notre salon ainsi que les tapis de ma chambre sont murés aujourd'hui. .
Jeudi 21 Ce qui reste de notre bon vin, ce n'est guère .
Vendredi Départ des religieuses Bénédictines et de leurs pensionnaires. Les Allemands prétextant que leur bagages excédaient le poids permis leur enlèvent vivres et objets de toutes sortes qu'ils ramènent en ville dans deux grands camions.
Toutes les nuits, l'artillerie est vive au front. Violentes détonations.
La laiterie est partie, plus de lait pour les enfants depuis deux jours. On nous en promet de Moorseele.
Les bruits les plus contradictoires circulent quant à l'évacuation.
Partira-t-on? Ne partira-t-on pas ? Les uns effrayés par le bombardement désirent ce départ, d'autres espèrent une accalmie. Il est vrai que telle qu'elle est la situation n'est plus guère tenable. .
samedi Le départ est décidé. Le sonneur public annonce vers midi que la rue de Lille doit évacuer dans 24 heures. On emballe toute la journée vêtements, linge, provisions de toutes sortes . Nous vendons au même acheteur que l'autre jour nos pois secs et le reste du froment.
Des ouvriers de nos connaissances reçoivent des vivres et ma provision d'oeufs. Nous les invitons à venir demain faire une rafle dans tout ce que nous n'emportons pas.
Jean furieux d'abandonner sa maison aux All. voudrait tout démolir, tout casser, mais la Commandanture ayant prévu le cas, menace de peines sévères ceux qui agiraient ainsi .
Voici la liste de nos bagages .
Nous avons droit à 275 kg , nous en emportons certainement 325 à 450 .:
1 caisse : linge, vêtements, vivres
2 grands paniers : idem + 4 couvertures
2 valises contenant entres autres lettres, photos . Notre beau Christ d'ivoire, couvert d'argent
1 berceau neuf, bourré de linge.
2 paniers malles , vivres et vêtements
1 petite caisse, vivres.
3 matelas dont un d'enfant
1 couverture voyage
5 sacs à porter sur le dos : vêtements
2 sacoches , vivres et vêtements
1 paquet de couvre pieds en duvet
La voiture d'enfants pour Michel et Marie Jeanne.
1 petit panier de vivres. des pains..
Dans deux grandes poches fabriquées pour la circonstance, j'ai mis nos papiers et les bons de réquisitions de l'usine d'Halluin.
Jean emporte dans une ceinture : 500 frs en pièces blanches. Cela pèse !
Dimanche 24 Fête patronale de Menin.
Fête de Jean et Jean-Marie.
Après une nuit d'insomnie on se hâte pour le départ. Un officier est venu à minuit chercher du logement me causant une dernière émotion car je redoutais qu'on vienne retenir Jean comme tant d'autres fois pour les travaux allemands .
Durant les préparatifs, on vit dans une sorte d'inconscience qui nous voile la douloureuse réalité. Un instant, elle m'est apparue hier soir alors que détachant mes clefs de ma ceinture, j'ai contemplé les pauvres, désormais inutiles puisque nous devons abandonner tous nos meubles.
Clef du coffre fort, clef du bureau de Jean, clef de mon armoire à linge, clef de l'armoire des enfants, clef de la cave, clef de la table à ouvrage offerte par ma Bonne Maman, clef de mon bureau de jeune fille où tant de souvenirs chers étaient enfermés et dont j'ai brûlé une bonne partie ce matin.
Bien avant l'heure fixée, nous sommes au rendez vous, situé en plein champ. 2000 personnes sont là parquées dans une partie de froment avec leurs bagages qu'elles ont dû amener par leurs propres moyens.
Mes beaux-parents, Anna et Alphonse, leurs bonnes, Juliette et Henri, leurs enfants font partie du groupe.
le train était annoncé pour midi. A six heures, seulement, il arrive composé de wagons de bestiaux, sans bancs , sans fenêtres. On nous y entasse avec nos bagages qu'on ne vérifie pas.
Ribbentrop et Schmidt surveillent l'embarquement.
Notre wagon contient 30 personnes.
La famille de mes beaux parents: 6 personnes
Schottey 4
Vangernchen 3
Pardoen 6
Nos enfants, nos bonnes et nous 11
On entasse les bagages dans un coin certaines malles servant de barre.
Nous ignorons encore le lieu de destination.
Défense de sortir, nombreux et longs arrêts en pleine campagne, fortes secousses à chaque mise en marche du wagon très sommairement suspendu.
La nuit tombe. On essaie mais en vain de dormir. Les petites filles se sont hissées sur un tas de matelas où elles reposent à l'aise. Dans les gares, où nous passons les gens nous interpellent " Doù venez-vous ?"- "Menin".
Des Allemands nous contemplent . Jean leur fait des pieds de nez. Malgré tout on rit encore et l'on fait honneur aux provisions apportées..
Lundi A trois heures du matin, le train stoppe à Vilvorde. C'est le terme du voyage. seulement comme il fait encore obscur, défense est faite de descendre.
Quatre heures ! Tout le monde descend. Il fait frais, une brume épaisse enveloppe la gare et les environs. tous les voyageurs campent sur le quai attendant des ordres. J'enroule mes tout petits dans une couverture. Puis comme petite Mie Jeanne (1 an) n'a rien pris de chaud durant la nuit, j'obtiens du sous-officier la permission d'aller lui préparer une soupe de farine lactée dans le poste des soldats à l'entrée de la gare.
Lorsque je reviens, les Vilvordiens sont arrivés porteurs de petits pains frais et de bonne soupe chaude.
Ce ne sont plus des Allemands, ceux-là !.
Ils ont amené aussi tout un régiment de chariots, charettes dans lesquels on place les colis. Les voyageurs suivront à pied.
Ayant avisé une petite voiture vide, je m'y installe avec tous les enfants et le cortège se met en marche nous dirigeant vers le couvent des Ursulines de Melsbroch.
Sur notre passage, les habitants s'arrêtent très curieux, beaucoup pleurent alors que nous, ahuris par l'étrangeté de la situation, nous restons les yeux secs.
Le couvent où l'on nous mène est très beau et très grand, les religieuses qui nous attendaient nous font bon accueil. L'une d'elles dont la belle soeur mère d'un bébé de deux jours . (blanc)
L'on nous donne à Jean et à moi une petite chambre, nos enfants dorment sur nos matelas dans la salle d'étude.
Après les mauvaises nuits passées et nonobstant mon état de santé précaire,( j'attends mon huitième bébé), je suis littéralement brisée de fatigue.
Dans l'après dînée, Annie, Marguerite et leurs maris arrivent de Bruxelles et pleurent à chaudes larmes en revoyant Maman si changée , si vieillie par ses cruels chagrins.
J'ai omis de dire que Charles Dewitte, prévenu je ne sais trop comment nous a fait la surprise d'arriver le matin, à notre descente du train.
on décide de séjourner au couvent jusque....(blanc) d'une maison. Les bagages sont parqués dans une grande salle.
Nos enfants choyés par les religieuses et les élèves se trouvent très heureux .
Mardi 26 juin Sans tarder, nous nous mettons en quête d'un gîte. Courses infructueuses dans Bruxelles en compagnie de Mrs Schottey et Vanginchen qui dans le même but que nous courent de bureaux en bureaux.
Bien las nous réintégrons notre accueillant couvent où (blanc) Méninois ont trouvé un abri. des tables sont dressées dans les réfectoires , nous prenons nos repas en famille.
Mercredi Dès le matin, nous reprenons le cours de nos périgrinations dans Bruxelles. Faut-il l'avouer malgré nos soucis, ce retour dans la vie normale m'amuse extrêmement. C'est avec un vif intérêt que je revois les étalages des magasins, les rues pleines de mouvement, les toilettes des femmes dont les jupes écourtées dessinent d'étranges silhouettes.
A midi, pour ne pas perdre de temps, l'on décide de dîner au restaurant. Nouveau plaisir. Puis comme nos démarches n'ont pas encore donné de résultats, je propose à ces Messieurs de nous diviser en deux bandes dont l'une continuerait les recherches dans Bruxelles et dont l'autre irait à Vilvorde visiter les maisons que Mr le Bourgmestre de la dite ville a fait offrir hier soir à notre famille à Melsbrock.
Au fond du coeur, je souhaite que ces maisons soient encore libres car on nous assure que la vie dans Bruxelles est très coûteuse.
Jean et moi accompagnés de M Schottey prenons le tram pour Vilvorde. Les courses à l'hôtel de ville, puis chez le bourgmestre qui est absent, puis chez son fils.
Ma fatigue est extrême, je me traîne tant bien que mal.
M Félix Brisset, fils du Bourgmestre, est heureusement chez lui, il se met immédiatement à notre disposition et escortés du commissaire de la ville qu'il a prié de nous accompagner, il se met en quête de maisons libres et meublées.
Enfin, le succès couronne nos efforts. Lorsque nous reprenons le Chemin de Malbrock nous sommes nantis d'une belle maison, située square d'Andelot n° 16 en face de la belle église paroissiale. Le locataire actuel, major dans l'armée belge, est interné en Hollande, sa femme est allée le rejoindre enfin détail important, la maison est mise gratuitement à notre disposition par la ville de Vilvorde.
Dieu soit loué, ma courte prière faite à la hâte et avant de partir ce matin dans la chapelle du couvent a bien porté ses fruits !.
Jeudi 28 juin Après avoir chargé nos bagages (Le peu qui nous reste de toute notre maison) sur un camion, je me hisse moi-même sur le siège près du conducteur et.... en route pour Vilvorde !
Toute la journée, on déballe, on nettoie, on range le linge dans les armoires et le soir vers sept heures alors que les lits sont prêts à les recevoir tous nos enfants arrivent avec leur bonne.
Ils dorment enfin dans de vrais lits. .
Mardi 3 Juillet Beaucoup de Méninois viennent s'établir à Vilvorde qui devient un centre pour réfugiés. On fait des listes afin d'établir le classement des évacués.
Le ravitaillement fonctionne spécialement pour nous, le pain est infiniment meilleur et plus abordable qu'à Menin ( 330 gr par personne).
Mercredi 4 juillet Les nouvelles de Menin parviennent jusqu'ici. Nos maisons sont mises à sac. Butin de guerre, paraît-il, et le (blanc) c'est que ce sont les civils qui sous l'ordre express des Allemands doivent opérer le déménagement de nos mobiliers, sonder les murs de nos caves pour en découvrir les cachettes. Toutes les nuits, je rêve de notre cave murée.
Samedi 7 Notre petite Louise toute malade d'une affection de poitrine sur laquelle le docteur ne peut encore se prononcer et qui me donne de vives inquiétudes.
Lundi 9 Formation d'un comité pour décider de la question des secours à accorder aux réfugiés.
La fièvre de Louise persiste et se maintient presque continuellement à 40°.
Mercredi 11 Julien notre domestique à Menin vient nous rendre visite. Resté encore en ville plusieurs jours après notre départ, il a vu commencer le pillage de notre maison. D'abord le forçage de la serrure qui coûta aux All. plus d'une heure d'effort alors.....(blanc) puis l'enlèvement des tapis, du linge, des vêtements abandonnés par nous. une provision de vinaigre causa aux soldats qui le prenait pour du cognac une amère déception. Des bouteilles débouchées traînent dans les coins.
Jeudi Notre petite malade va un peu mieux. Une pneumonie s'est nettement déclarée mais la fièvre diminue d'intensité. On traite la maladie par des enveloppements humides.
Mardi 17 juillet Nouvelles de Menin.
Un train chargé de munitions a fait explosion sur la place causant de nombreux dégâts.
Les Allemands recherchent avec ardeur les cachettes des caves et voient, hélas!, leurs recherches couronnées de succès . Des équipes de civils sont préposées à cette besogne.
Mercredi Loulou entre en convalescence . Elle se lève aujourd'hui bien maigrie et pâlie pour la première fois.
Samedi 21 juillet Des secours vont être distribués à tous les réfugiés : 1 fr par personne et par jour, 0,50 aux enfants, le pain et la soupe gratuits .
Mercredi 1er Août Tous les évacués, hommes et femmes doivent se rendre à un appel organisé par les Allemands .
Samedi 4 août Une mauvaise nouvelle (grand blanc) .
Mercredi 8 août Arrivée à Bruxelles d'Alph. Vanderberghe et de sa famille venant de Menin. Il confirme hélas les mauvaises nouvelles de samedi.
Depuis des semaines, j'ai écrit en Hollande pour obtenir des nouvelles de mes parents et de Madeleine. Encore aucune réponse. L'inquiétude me gagne. Pourvu que rien de fâcheux ne soit arrivé aux miens. Maman surtout m'est sans cesse à l'esprit.
Samedi 8 septembre Nouvelles des miens enfin !
Papa, Maman, Madeleine , mes petits neveux en bonne santé !
Tout le monde s'occupe d'affaires commerciales et maman prévoyant notre arrivée près d'elle a déjà acheté de la literie à notre intention. Cette bonne Maman .
Dimanche 9 septembre Mes beaux-parents fêtent aujourd'hui chez ma belle soeur leur 45ème anniversaire de mariage. Belle réunion de famille : 16 enfants et beaux-enfants, 31 petits enfants y assistent et ce n'est qu'une partie de leur nombreuse postérité. Puisse le ciel nous accorder la faveur de célébrer leurs noces d'or.
Aperçu des prix actuels 24 Sept
          Beurre : 27 frs le kg
          Viande : 9 frs à 13 frs le kg
          Oeufs : 0.75 pièce
          Froment : 500 à 600frs les 100 kg
          Chicorée : 10 frs le kg
          Pommes de terre : 160 les 100kg
          Cacao : 80 frs le kg
          Sucre : 10 frs le kg
          Thé : 100 frs le kg
          Huile de table: 50 frs le litre
          Graisse de boeuf : 55 frs le kg
          Haricots et pois :12 frs le kg
          Riz : 15 frs le kg
          Savon noir : 24 frs le kg
Le linge et les vêtements suivent la hausse générale de tout le marché.
Le mètre de lainage pour robe : 40 à50 frs
Une chemise d'homme de 16 à 30 frs
Un serviette de table ordinaire : 5 frs
1 paire de chaussures de 45 à 100 frs le kg le cuir se vendant 150 frs le kg
Et ainsi de suite...
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