Retour

Carnet de Albert Désiré Cappelle , Sénateur de Belgique .

   La Libération.    

Novembre 1918

La libération





Dimanche 3 nov. Beau.


Reçu "Rotterdamsche Courant" avec un aperçu sur la situation générale : conditions d'armistice avec la Turquie qui livre la Turquie à la volonté de l'armée anglaise. Entrée et passage du Bosphore, la flotte anglaise dans la Mer Caspienne se rendant à Odessa maîtresse désormais des destinées de l'Orient. La question d'Orient résolue en faveur des anglais qui d'ailleurs avaient pris sur eux les opérations militaires. Succès mérité. L'Autriche et la Hongrie se créant une nouvelle constitution indépendante Tune de l'autre. L'Italie retrouvant son territoire abandonné et sa liberté d'action, Trieste occupée par les américains. Valenciennes abandonné par les allemands qui se retirent sur l'Escaut en Flandre Nous arrivons à un nouveau courant de l'Histoire encore quelque peu diffus mais rassurant la disparition des gouvernements autocrates. La démocratie victorieuse. L'on fête la St Charles et les enfants fonts leurs souhaits avec un sérieux impressionnant.




Lundi 4

nov. Beau.
Visite chez Mr Dupret. Affluence journalière d'Evacués au Cantersteen. Achat du petit recueil des chants au front Le "Rotterdam" reçu ce matin donne des détails sur le retrait des allemands sur l'Escaut mais demande des explications ultérieures sur la situation réelle ouest ou est. Visite de Henri, Jean et Louise. Course à la savonnerie pour trouver Albert afin de le mettre au courant de ma visite chez Mr Dupret et tâcher de retrouver au moins une partie des échantillons couleurs dont les collections ont disparues. Réunion à la Patria où l'on annonce une messe pour les Evacués décédés à Vilvorde pour mercredi à 10 h belge. Mr Léon a vu hier Alph. Vandenberghe qui lui a annoncé le décès de son plus jeune enfant à Louvain. Mme Eugène atteinte de broncho-pneumonie et Jeanne moins bien également atteinte de pneumonie. Ce soir sont état était plus satisfaisant. Entre autres nouvelles Mr Dequinemaere arrivé à Assche avec 10 soeurs de Heestert. Costeur Louis gravement malade, Mr Vandamme, menuisier, 1er piston de la musique, mort après deux jours. Décès de la fille de Mr Victor Bonneve qui a perdu depuis la guerre sa femme et un fils, l'autre fils est à l'année.
Dans l'après-midi un officier descend du tram à la Place Liedts ajuste de son revolver un soldat allemand qu'il manque, il tire encore 2 coups dont l'une balle atteint la tête d'une jeune fille, l'autre un monsieur à la jambe. On poursuit le meurtrier et un officier supérieur de dire il est fou. "Hij is krank". Les serbes à Belgrade ayant reconquis leur pays. Les propositions d'armistice arrêtées par les alliés expédiées de Berne vers les Etats-unis.



Mardi 5 nov. Pluie continue.


Réunion à Vilvorde, ordre du jour assez incolore. Beaucoup de passage de troupes, plusieurs
colonnes volantes de réfugiés établies à la Gilde et ailleurs. Le Comité s'en occupe et les
employés s'y prêtent soutenus par Mr Camion. % d'attente pour le tram. Réunion à la
Coopérative où l'on cause de la situation actuelle et l'on prévoit des conditions d'armistice
plus dures pour l'Allemagne que pour l'Autriche. Le "Belgische Kurrier" annonce l'arrivée
de nos années à la frontière belge au nord est de Valenciennes.
Visite d'Alph. Vandenberghe qui nous soulage en apprenant le rétablissement de Mme
Vandenberghe et Mme Alphonse hors de danger.
Au soir on annonce le retrait des allemands au nord de Stenay au nord de Verdun.



Mercredi 6 nov. Brumeux, pluie.


Intéressante lecture des conditions de paix acceptées par le nouvel état fédératif autrichien
Hongrois etc. Reçu du Comité Evacués nouvelle qui sera bien reçue concernant l'échange

des "bons" de villes françaises et belges. Des instructions sont données au bureau situé n°42 rue Royale pour accepter l'échange desdits "bons" à raison de 150 F par mois pour tout Evacué de plus de 16 ans et 100 F par mois pour tout enfant en dessous de 16 ans. Le tout sur production de pièces confirmant le titre d'Evacué. La mesure tant désirée depuis notre arrivée se trouve réalisée, mieux vaut tard que jamais. Au soir le journal renseigne de nouvelles avances depuis Valenciennes jusqu'au front de Metz avec prise de prisonniers et matériel de guerre.




Jeudi 7 nov. Brumeux.


Echange des "bons" de ville Menin de notre caisse particulière, ceux de l'usine pourront être
échangés par Albert, Jean et Henri au prorata de leurs ménages. Rencontre d'un huissier du
Sénat qui prend ses dispositions pour le nettoyage du Sénat. Il me dit que la salle du Sénat
est intacte sauf l'enlèvement des lustres, girandolles. Quant aux autres salles le mobilier est
mêlé et a subi des détériorations. Toutes les pendules, cuivres enlevés, etc.
Rencontre de Mr et Mme Dequinemaere et d1une religieuse de Heestert. Le médecin a trouvé
et loué une maison à Bruxelles, les soeurs iront probablement à Vilvorde.
Reçu lettre de Julia qui paraît préoccupée car tout rapport est interdit avec La Hulpe où se
trouvent médecin et pharmacien. Il suffira de demander à ce sujet une autorisation à la
Commandature à l'effet de pouvoir les quérir en cas de nécessité. En tout cas on peut encore
correspondre avec Bruxelles via Hoeylaert.




Vendredi 8 nov. Pluie.

Reçu "Rotterdam" qui confirme de nouvelles avances. Réunion à la Banque où l'on croit à la prise de Gand et d'une grande partie de la Flandre orientale à l'est de l'Escaut. D'aucuns prétendent que l'armistice serait signé, peu probable puisque Ton entend encore le canon. En tout cas l'on déménage avec furie aux Ministères. Le "Belgische Kurrier" annonce de nouvelles retraites qui portent en vedette : La Capelle, Hirson, Sedan, Brandeville. Nous sommes à la veille de l'évacuation complète du territoire français. Les bons belges les premiers à la défense reteront les derniers à la poursuite e à l'honneur.



Samedi 9 nov. Beau.


Visite de Mr Jos. Schottey et Jean et je me rends avec eux au 42 rue Royale (échange de "bons") où l'on nous informe que l'échange doit se faire dans chaque comité local. Toutefois là où le comité reste en retard il est permis moyennant un avis du comité local comme quoi il leur est impossible d'en faire aussitôt l'application de se présenter au Bureau de Bruxelles. Le déménagement et le passage de troupes devient de plus en plus intense. Le "Rotterdam", en plus des nouvelles du front, commence à relater des émeutes à Hambourg, Kiel et autres villes. Rencontre de J. Reyns avec qui je fais une promenade. Les rues regorgent d'allemands, d'autobus, voitures, camions et jusqu'à des vaches, etc. etc. Vers le soir il fait plus calme mais déjà le bruit se répand de l'abdication du Kaizer et du Kronprinz et d'émeutes dans tous les centres populeux. Dieu sait ce qui attend chez eux les troupes et les officiers. Une "Commune"parisienne" à Berlin pourrait bien couronner la chute de l'Empire, de l'autocratie, un armistice et une paix de vaincus, voués à l'exécration du monde civilisé. Oui, Groba, l'histoire sera là pour nous venger.



Dimanche 10 nov. Beau.


Le "Belgische Kurrier" de ce matin confirme l'abdication du Kaizer et du Kronprinz depuis
vendredi à 4 h. Heure fixée par le Gouvernement entre les mains du Prince Max Von Baden,

chancelier. Celui-ci démissionne pour être remplacé par Ebert. Aucune nouvelle du front, par contre des nouvelles contradictoires sur les émeutes dans lesquelles se trouvent mêlées des troupes de marine. En plus une nouvelle sujette à caution concernant le drapeau rouge que l'on aurait aperçu sur des bateaux de la flotte anglaise. Après-midi l'on prend le tram pour rendre visite à Mme Watrin (question "bonnes") que Ton trouve absente. Au départ on constate un drapeau rouge agité sur la place devant le Palais de Justice par des prisonniers allemands désarmés sortant de la prison de St Gilles. A notre retour la manifestation devient houleuse et nous constatons un groupe nombreux qui se trouve engagé sur le Boulevard. Ils se rendent devant la Commandature et tâchent de corrompre de nouveaux adhérents. Notre tram tient le Boulevard jusqu'à la Port de Scharbeek où nous apercevons un autre groupe qui descend le Botanique. Plusieurs officiers auraient été malmenés. Tous les trains s'arrêtent à Liège et les troupes doivent continuer la retraite à pied. Pendant l'après-midi passage d'aviateurs alliés que l'on bombarde sans succès. Plusieurs bombes auraient été lancées par les avions ce qui produit un certain effarement dans la population d'autant plus que les boches, fidèles à la consigne, se rangent le long des maisons. La prudence est de saison d'autant plus que l'esprit des troupes se trouve libre par le fait que les Polizei ne se voient guère. Les conditions de l'armistice se trouvent au journal du soir :
I    " L'armistice entre en vigueur 6 h après acceptation
2' Evacuation de la Belgique, la France, l'Alsace Lorraine endéans les 15 jours. Toutes les troupes non évacuées à cete date seront internées ou prisonnières.
3° Remise de 5.000 canons gros calibre, 30.000 mitrailleuses, 3.000 lance mines, 2.000 avions
o
4 Evacuation de la rive gauche du Rhin, Mayence, Coblence et Cologne occupés par les
alliés dans un rayon de 30 km.
5° Une zone neutre de 30 à 40 km sur la rive droite qui doit être évacuée dans les 11 jours 6° Sur le territoire de la rive gauche du Rhin rien ne peut être distrait, les usines et chemins
de fer respectés.
7° 5.000 locomotives, 150.000 wagons, 10.000 autobus à livrer 8° Entretien des armées des alliés se trouvant en Allemagne. 9° Toutes les troupes a l'est de la frontière depuis le 1er août 1914 doivent rentrer sur
territoire allemand, aucune date n'est fixée. 10° Les traités de Brest-Litowst et Bucharest annulés
I1    " Capitulation immédiate de la colonie africaine
12' Remise entre les mains de la Banque Nationale Belge des dépôts or russe et roumain
13 Libération des prisonniers de guerre
14° Cession de 100 sous-marins, huit grands croiseurs, six Dreadnoughts, les autres navires
désarmés et sous la garde des alliés dans les Pays Neutres ou autres ports
ftâtteiâfeŒttnteé^wlipi^iteaïî^^    mines, occupation de tous les forts et
16    Bloccade maintenue et les bateaux allemands peuent être arrêtés
17    Toutes les mesures prises contre les Etats neutres par l'autorité allemande seront annulées
18    L'armistice aura une durée de 30 jours.
Soirée mouvementée avec incidents divers même avec intervention de mitrailleuses et fusils. Des blessés et tués. Vers 8 h attaque d'avions et lancement de bombes sur la ligne Bruxelles Louvain.




Lundi 11 nov. Brumeux, pluie.


Au matin quelques drapeaux se montrent, plus tard l'allemand intervient pour les faire rentrer. Promenade en ville où je constate un grand mouvement à la Gare du Nord, Boulevard Anspach une glace touche'e par un éclat, Place Roupppe et à la Poste toutes les e'choppes à journaux allemands enlevés. A la Grand Place rien. Le drapeau rouge à la Gare du Nord, la Bourse, la Commandature. Rencontre du secrétaire communal de Menin qui m'avance la main que je refuse en lui disant : Je ne tiens pas à causer avec vous, nous nous reverrons plus tard. Rencontré Mr Léon et Mr et Mme Bernaert à qui je raconte mon entrevue. Au retour rue Royale je vois sortie de la rue de l'Association une dizaine d'autos occupées par des officiers qui remontent le Botanique dans la direction de l'Ohervatoire. Les autos tous munies d'un drapeau rouge, signe de ralliement du "Soldatenraad Brussel" étaient conduits par un auto à deux places dont un militaire agitait un drapeau rouge. Ils marchaient à bonne allure et les occupants avaient l'air bien maussade. A mon avis c'étaient des officiers de la Commandature que l'on conduisait rue du Méridien où une entrevue aura eu lieu avec l'autorité militaire. Rentrant à la maison je constate de nombreux drapeaux. Après-midi des coups de fusil, mitrailleuses se font entendre, les drapeaux doivent être rentrés, la rue de Brabant nettoyée à la mitrailleuse, des officiers récalcitrants à l'Eglise Ste Marie et au Palace. La déroute en ville et les trams arrêtés. Malgré ces mesures la population sort, Anna et Juliette se mettent en route et Anna rentre sans son sac, figure allongée je l'accompagne à sa recherche et grâce à Dieu son sac contenant plus de 300 F est retrouvé. Le Soldatenraad a prescrit la fermeture des magasins et cabarets à 5 h allemande et chacun rentre. Quelques pétarades, etc.
Le "Belgische Kurrier" paraît avec des avis divers pour les camarades qui sont priés de s'abstenir de liqueurs et de respecter les propriétés. Tout sera mis en ordre pour faciliter leur séjour et le retour dans le pays. Certaines adresses pour les bureaux de renseignements, etc.



Mardi 12 nov. Beau.

Jour de l'acceptation
et la signature de l'armistice à France Port à 5 h du matin.
Beau et sec. La journée est plus calme et les esprits sont calmés, l'ordre renaît grâce à la nouvelle de l'armistice conclu et des affiches parues tant pour le Soldatenraad que par les autorités du Grand Bruxelles. Les allemands qui font la police ont le bras gauche muni d'un brassard blanc. Promenade en ville. Chacun désire constater de visu les dégâts de la veille par l'usage quelque peu inconsidéré des mitrailleuses. Les dégâts commis se localisent à la Place Rogier, rue Neuve, Boulevard Anspach et Place de Brouckère. Cosmopolite, boulevards, café, Scheurs, magasin de cigares, sesino, etc Dans l'échafourée de hier deux tués dont un agent de ville. Vers 11 h paraît le bruxellois qui annonce : Armistice conclu. Retour du Bourgmestre Max par ordre du Soldatenraad qui a envoyé une auto à Goslar en Allemagne avec un courrier spécial donnant ordre de libérer et ramener Mr Max. Je trouve la chose quelque peu insolite et peu flatteuse pour l'autorité de la Ville de Bruxelles que de voir ramener le 1er magistrat par l'intervention du Soldatenraad.
Réunion à la Coopérative où tous se préoccupent du retour au foyer. La majorité opine qu'il serait prudent d'attendre l'arrivée de nos troupes qui seules pourront nous donner des renseignements sûrs sur dernier front ouest : Canal de Terneuzen, Gand, Ath, est de Mons, Rocroi, Charleville, Donchery sur Meuse, Stenay, Juvigny et Danville. Les formalités à remplir à l'effet d'un retour définitif. L'hiver est à la porte et Dieu sait ce qui nous attend là-bas tant sur le rapport du séjour possible après des réparations urgentes et les installations d'un ménage. De plus depuis tout temps il est acquis que le régime suivi par les autorités de l'entente est plus sévère que celui suivi sur les territoires occupés par l'allemand. Qui vivra verra. Au soir des mesures de police sont prises pour barrer les environs de la Gare du Nord, la Place Rogier, rue Neuve et Boulevards intérieurs.




Mercredi 13 nov.

Beau.
Visite de Jean avec Mr Schottey. 11 fait l'achat d'un vélo et on lui donne ordre d'en acheter encore 2 ainsi qu'une voiturette si possible. Charles, Jean et Henri s'emballent sur le projet d'aller voir le pays afin de nous renseigner sur l'état des choses à Lauwe, Menin, Moorslede et Roulers. Voyage en vélo.
Le journal le "Rotterdam" donne des détails sur l'arrivée de l'Empereur et son corps d'officiers à Ruremonde en Hollande et de là à Venloo. Le Kronprinz aurait été tué, etc. etc. La ville est plus calme et les affiches ont fait l'effet voulu c-à-d ramener les personnes à des sentiments plus conformes à la situation réelle à savoir que c'est un régime d'armistice et non de paix complète Ls troupes allemandes continuent leur évacuation à la grande satisfaction du public. Le "Rotterdam" du soir semble quelque peu désorienté et la politique du moment en Hollande déjà atteinte lors des dernières élections subit des choses. La démocratie se lève contre le capitalisme et les hommes d'affaires et la politique du commerce et du négoce n'est plus omnipotent. Entre autres la bloccade maintenue par l'armistice ne leur sourit guère.




Jeudi 14 nov.

Beau.

Journée mouvementée au 192 par le projet de voyage au front. Jean arrive en vélo et se dit
en possession d'un second que l'on est occupé à mettre en ordre. Il a été même sur le point
de pouvoir acheter une voiturette Herstal. On discute le projet et Henri qui arrive repart pour
Saventhem pour avoir son vélo à lui. Course en ville et entrevue avec Mr Mahieu qui n'a
reçu aucune instruction quant à une réunion de la droite. Le Te Deum est remis. Après-midi
visite chez Mr Dupret qui lui de son côté est sans nouvelles pour la réunion des membres de
la droite. 11 s'empresse de mettre une fenêtre à la disposition de la famille au cas du passage
du Roi. Rencontré Mr Jos. Goemaere qui m'annonce l'apparition du "Patriote" pour samedi.
D'aucuns prétendent qu'il sera l'écho de "La Libre Belgique".
Réunion à la Coopérative où l'on décide la liquidation générale vu la situation actuelle où les
avantages deviennent moindres et le désir de nombreux Evacués qui se préparent au retour.
Henri, arrivé dans l'après-midi pour coucher à Bruxelles, repart afin d'activer les réparations
de son vélo que Victor n'a pu ramener. Arrivée d'Albert, Flore et Annie qui se veulent du
voyage au front et d'en discuter les aléas.
Le "Rotterdam" de ce soir donne la mort du Kronprinz et son arrivée en auto à Maestricht.
Séance mouvementée à la Chambre à La Haye, Troetsla et les siens proposent de nouvelles
élections et on y parle de Bolchevistes.
Il est temps que nos troupes et le Roi arrivent pour mettre un peu d'ordre et ramener les
esprits à une juste appréciation des idées du Gouvernement.



Vendredi 15 nov.

Beau
avec brouilard.
De bon matin arrive Jean quelque peu dépité d'apprendre qu'Henri est en retard par suite de réparation de son vélo. On cause, on déjeune et on discute sur le voyage arrangement pour les vivres. Sur les entrefaites arrive Joseph en vélo qui se décide à les accompagner et avise Julia par lettre que portera Victor. A 10 h départ du quarto après prise de photo sur le trottoir. Réunion à la Banque où tout le monde est à la joie et on cause sur les mesures à prendre afin d'être fixé sur la possibilité de rentrer au foyer en famille. Heureusement nos excursionnistes seront à même de nous reneigner quelque peu. Et de fait la vie sera-telle possible. Chauffage, éclairage, comité, réparations indispensbles, ustensiles de ménage, etc. etc. Problème à résoudre !!
Visite de Louise qui nous annonce Vilvorde à la joie, Te Deum avec assistance de prisonniers libérés, chants de la Brabançonne, la Marseillaise et cris "Vive la Belgique, Vive la France".

La fête de Léopold à Bruxelles remise jusqu'à l'arrivée du Roi. Probablement aujourd'hui en huit. Vendredi le "Rotterdam" donne des appréciations sur la situation tendue dans le pays.




Samedi 16 nov.

Beau.
Temps à souhait pour nos véloman en Flandre.
Promenade en ville avec Anna pour prendre une vue des lieux et magasins. Achat du testament de Guillaume sur papier de deuil; rencontre d'anglais, américains en auto, belges entourés de leur famille, anglais quelque peu dépaysés. Visite de l'Hôtel de Ville où l'on prépare déjà des pylônes et autres installations pour la décoration de la place. Les rues se remplissent d'une foule joviale et curieuse. Encombrement à la Bourse où l'on se bouscule pour voir et s'approcher de quelque prisonnier ou soldat des alliés. Au retour Alphonse n'est pas rentré de Vilvorde où il est allé chercher de la viande à 2.50 le kilo. Ho, là, là ! Alphonse ne rentre que vers 1 '/> tout ébranlé par suite d'un accident de son tram qui a du stopper vis-à-vis de la nouvelle scierie allemande. Une explosion à la Gare de Sharbeek tue le wattman du tram et met en fuite les voyageurs qui se réfugirent dans un cabaret de l'avenue. On y prend une goutte de cognac acheté à vil prix à l'allemand qui met à l'encan quantité de marchandises en gare et que le défaut de temps et d'organisation empêchent d'emporter dans leur pays. Tout se vend jusqu'aux bestiaux. Décidément la ville se vide des capotes grises qui commencent à énerver les "bons belges". Leur présence, devenue inutile, pèse sur les bruxellois dont la patience est à bout et préfèrent pouvoir désormais donner libre carrière à leur patriotisme. Constaté rue Gallait un drapeau rouge à un magasin de la maison du peuple.



Dimanche 17 nov.

Brumeux et sec.

On arbore avant d'aller à la grand messe où Mr le Doyen donne, avec son chic habituel,lecture d'une lettre réconfortante de Son Eminence le Cardinal Mercier. Un mot consolant pour ses ouailles depuis quatre ans à la peine et aujourd'hui à la gloire. Le droit maître de la situation et l'orgeuil puni. Quelle page reconnaissante envers le vrai Dieu qui se venge à son heure et récompense les chrétiens de leurs prières. Ceux-ci se préparent déjà pour le remercier par de nouvelles preuves d'attachement et de dévouement au Sacré Coeur de Jésus. Vers midi la parole de certains boches qui avaient dit : après notre départ vous verrez le feu aux quatre coins de Bruxelles se vérifie et parjure à la guerre il l'est encore à l'armistice. Des détonations insolites se font entendre de droite et de gauche à la Gare de Scharbeek, Gare du Midi et d'Etterbeek. Vers 2 h des wagons entiers sautent et de gros obus éclatent dans le lointain lors de notre visite chez Albert. Arrivés avenue Albert au 192 on nous apprend des incendies à la Gare du Midi et tout particulièrement à la rue Joseph, on parle de tués et blessés. Ce n'est plus l'imprudence des gamins mais bien les boches que par mines, bombes, grenades etc. ont préparé le désastre. Compte sévère à régler par la suite. A notre départ pour le salut à Ste Gudule les lueurs de l'incendie à la Gare du Midi se dessinent. Affluence au sermon du Père Pierlot qui superbe d'entraînement nous a dépeint la charité dans un parallèle entre St Albert et Elisabeth d'un té et le Roi et la Reine d'autre part. Courage, héroïsme, des deux côtés. Patriotisme sublime devant servir de modèle à tous ceux qui désirent se dévouer au relèvement moral d'une Belgique redevenue libre. De retour à la maison nous trouvons Marguerite rentrée avec les 3 aînés de Saventhem qui dont dû rentrer de pied,les trams ne circulant plus à cause des explosions. La route de Dieghem est jonchée de débris de verre et des châssis sont enlevés. Heureusement Marguerite a su cacher la situation grave aux enfants et est rentrée saine et sauve. Alphonse, ayant reconduit Louise à Machelen, rentre également. Les détonations continuant et se ralentissent vers 8 heures.

portes et fenêtres etc. Un t'ait entre autres un malotru s'est permis de promener une fiole
d'encre sur le tapis de la salle de lecture. La seule chose plus ou moins respecté c'est la
grande salle et les tableaux. Quant aux meubles et chaises tout est mêlé, on y trouve entre
autres des bureaux du chemin de fer et des canapés de salle d'attente. Tout l'hiver y passer
avant d'y voir régner la propreté et l'aspect de 1914 avant la guerre. La ville grouille de
promeneurs.
Au retour achat d'un gibus pour la rentrée du Roi. Réunion à la Coopérative où Mr Mahieu
nous dit avoir vu passer au Botanique des troupes assez nombreuses d'artillerie, en bonne tenue.
Au soir lecture et visite d'Albert, Flore et Mimine. A la maison dans l'après-midi les fenêtres se sont ouvertes spontanément mais aucun dégât sérieux.
Pendant la nuit quelques détonations, calme au matin. Les journaux parus ce jour sont "La Presse" et "Le Soir". Jusqu'ici tous se rencontrent pour la fidélité à la constitution et au Roi auquel on prépare une réception triomphale (Bruxelles a voté un l/z million). Reçu 2 "Rotterdam" qui nous donnent quelques relations sur la situation en Allemagne, Autriche etc. Les boches ont disparu pour de bon.




Lundi 18 nov.

Vers 8V2 une neige fine tombe. Encore 1 "Rotterdam" du vendredi, peu intéressant. D'ailleurs nous journaux belges seront à même, grâce à l'armistice et au départ des boches, à vous renseigner mieux que tout autre. Arrivée de Juliette avec qui Anna et moi nous faisons un tour en ville qui est remplie de curieux pour visiter les préparatifs de la rentrée du Roi.
Nous rencontrons le fils de Hector Vanstaan, troupier depuis le commencement de la guerre, sans blesssure et attaché à la division qui s'occupe du canal de Zelzaete, division à laquelle appartient éalement Charles Vuylsteke, lieutenant, ayant lors de la défense d'Anvers reçu des blessures dont il a conservé une balafre à la joue. Depuis hier nous tenons de Ch. Vandaele que Joseph Vuylsteke aviateur est en bonne santé et a été à Menin, depuis le départ des allemands. Cette communication vient d'un officier qui le connaît de très près. Achat du journal "Le Matin de Paris", le XX siècle, Manneken Pis, Madame la Guerre. Réunion à la Patria où Mr Léon nous donne lecture de quelques passages de la lettre de son fils Joseph. Arrivée du troupier Vanstaan et trois de Roulers et Iseghem.



Mardi 19 nov.

Brumeux mais sec. Visite au Bureau de renseignements n° 40 rue de Louvain où l'on me remet mon laissez- passer contresigné par Mr. Lemonnier ff. de Bourgmestre.
VILLE DE BRUXELLES

Un huissier du Sénat me conduit pour visiter les salles du Sénat où règne l'état bien connu de la maison à Menin. Un désordre, un fouillis hétéroclyte et de la saleté partout. Six mois de nettoyage ne sera pas de trop pour remettre le tout plus ou moins en état de propreté au moins pour ce qui restera encore usager. Que dire de l'enlèvement des bronzes, clinches de



Mercredi 20 nov.

Brouillard
intense.
Retour de Joseph qui est parti directement sur Malaise avec la bonne nouvelle que sa maison est très habitable et par le fait que le retour s'impose puisque Mr Loridan n'y était pas. Il a appris que Henri Loridan avait été à Halluin. La fabrique n'est pas trop endommagée sauf la salle d'apprêts et quelques trous de bombes.
Henri nous arrive vers 1 h avec un appétit de chien et bien crotté. Après avoir mangé il nous donne des détails sur leur voyage. Partis le vendredi à 10 h ils arrivent au soir à Audenaerde. Les ponts étant détruits ils sont séparés et logent séparément deux à deux. Charles et Jean ont trouvé logement chez un client de Lauwe Mr Pier. Henri et Joseph à l'hôtel. Le lendemain départ pour Lauwe. Charles et Jean sont passés par Avelghem où ils apprennent la réalité sur les infamies des allemands après leur départ. Le village a été soumis aux grenades asphyxiantes et 1.100 personnes ont trouvé la mort dont 500 sont mortes les unes dans la fuite vers Courtrai, d'autres à l'Hopital de Courtrai où elles étaient transportées par les anglais. Mr Proost dont la femme était à Lauwe depuis quelques semaines a confirmé que 54 personnes réfugiées dans la cave de la brasserie y ont trouvé la mort. Un docteur, sa femme, quatre enfants et 2 bonnes trouvés morts das leur maison, etc. etc. Le fait mérite une vengeance. Henri et Joseph partis directement y arrivent les premiers, Jean ensuite et enfin Charles. D'Audenaerde à Lauwe les villages sont détruits et la contrée est devenue un désert, seules les troupes anglaises sont à voir. Les troupes d'une santé de fer et Audenaerde on a pu fraterniser avec elles. Les cafés sont ouverts de 11 à 12 et de 5'/2 à ll/i, on y rencontre les officiers, commandants et simples soldats enthousiastes buvant rien que du thé ou café. Les autres boissons sont défendues et la bière y est inconnue. Le samedi soir chacun s'en donne pour se ravitailler et prendre un bon verre de vin, le tout à discrétion. A Lauwe renaît la vie d'autrefois, les religieuses sont rentrées dans leur couvent et les services divins se font à l'église. Les deux maisons sont intactes, des meubles et tout le nécessaire sont à compléter et à restituer puisque Marie de Gheluwe ayant été les voir y a trouvé deux fauteuils, quatre chaises et la table à allonges du salon de Menin. Le capitaine s'est permis d'emporter le pianola et autres objets de Menin qui lui convenait. Tous voleurs! Melle Marie et Mme Proost ont fait les honneurs de la maison au point d'avoir pu restaurer des estomacs bien ouverts.
Le dimanche à quatre et en voiture on va visiter Haluin : maison et usine où il n'y a qu'à rentrer pour y habiter, les dégâts de l'usine sont restés les mêmes depuis la visite de Joseph. L'usine à papiers est vidée, celle des couleurs est quasi indemne et la machine et les chaudières y sont mais sujettes à des réparations. La maison de Jean est inhabitable, l'escalier y manque, les planchers du salon et de la salle à manger disparus, les portes intérieures manquent. Seule la cachette de quelques bouteilles de vin est intacte. La grande maison est habitée par Jules, sa femme et le jardinier Emile Deleu, on tient cantine

dans le bureau et l'on dort dans le salon derrière, seules places à occuper. Une bombe est
tombée à la cour : la véranda, la serre et la cuisine sont en ruines. Les quatre murs
extérieurs et le toit sont restés mais il pleut à l'escalier et toutes les autres chambres sont
inhabitables. Impossible d'y rentrer. Jules et sa femme préparent thé et café seules boissons
autorisées.
La maison de Henri a sa façade intacte mais une bombe tombée à la cour a détruit le toit vitré
et les cuisines, une grande partie de la toiture atteinte et plusieurs chambres inutilisables. Des
portes de fortune donnent accès dans la petite maison. Egalement sujette à des réparations.
La maison d'Albert a sa maison atteinte d'une bombe qui a détruit la véranda, détérioré tout
l'intérieur, plafonds enlevés etc. etc. à réparer et jugée inhabitable.
L'usine pillée, la cheminée perforée et dégâts considérables à la toiture.
Entrevus le pharmacien Bonté dont l'enfant est mort-né, le fils Snoeck.
Le gaz manque à Audenaerde comme partout et on s'éclaire à la lueur d'une bougie.
Départ pour Roulers où on trouve la maison en bon état ainsi que le magasin où l'on aperçoit
encore les rayons et comptoirs. La maison est occupée par un officier français qui leur a
facilité leur visite. On peut y rentrer dès que l'occasion se présente.
De Roulers à Menin on n'a aperçu qu'une seule maison habitée par un officier. Les affamés
rentrent à Lauwe sans accident ni rencontre.
Une lettre de Félix arrivée à Lauwe nous informe qu'il est à l'armée et qu'il a passé par
Moorslede où tout est en ruines et les champs ravagés par les bombes et grenades.
La maison de Pierre Galon est intacte et tout ce qu'il y avait laissé il le retrouvera.
Les maisons Pardoen, Vanginneken, Shottey sont en bon état. La maison des Pères
Franciscains détruite, la prison et la maison Butaye conservée. Le collège en bon état, au
Cénacle le bâtiment autrefois écroulé et la brasserie Vuylsteke en décombres. Tous les ponts
sautés ainsi que le pont du chemin de fer.
Deuxième excursion : Jean à Lille où il trouve Mr Denis sur le point de prendre le train pour
Paris où il compte rester. 11 présente sa maison à Jean et sa famille avec toute la famille sauf
une place le salon. S'il se décide il pourrait lui envoyer des marchandises, souliers, savates
à vendre. Mr Denis lui dit qu'il a été trouve la maison Costa qui a déposer pour compte du
dépôt en banque une somme de 120.000F sans intérêt. Heureuse aubaine pour Jean et
Louise. Mr Denis de son côté a fait de magnifiques affaires.
Henri de son côté a fait une seconde visite à l'usine d'Halluin et a rencontré Maurice
Verkinder. Notre usine est de loin la mieux conservée des trois, celle de Verkinder est une
ruine ainsi que celle de Hamel et Blomme, ce dernier est mort de la grippe.
On se retrouve à Lauwe où l'on se décide à rentrer sauf Charles qui reste encore à Lauwe.
Lors de la retraite allemande la plupart des ponts ont été détruits, chose bizarre les ponts
allemands en bois sur pilotis n'ont pas pris feu et ont servi aux alliés lors du passage de la
Lys.
Les grandes routes ont les accotements défoncés et il n'est pas rare de rencontrer 30, 40
autobus arrêtés par suite d'un dérapement. Il est quasi impossible de s'engager avec une
charette ou voiture sur les routes et il est déjà difficile en vélo de rouler sans retard ni
déconvenue. Les routes sont actuellement encombrées par l'armée en campagne et qui doit
gagner la frontière allemande.
Charles est resté à Lauwe, Henri arrive à 1 h et Joseph est parti directement sur Malaise.
Arrive à 2J/2 Jean qui a pris le tram à Enghien.




Jeudi 21 nov.

Brumeux.
Enrhumé je me cloître au matin.
Réunion à la Banque où on s'entretient de questions

diverses, nouvelles des soldats, arrivée des troupes d'une prestance et confort admirables. Quel triomphe pour demain pourvu que le soleil couronne le tout de son éclat. Toute l'après-midi on est préoccupé du lendemain, va et vient de Louise, Jean, Henri et Juliette. On se propose de coucher à Bruxelles pour être à l'appel vu l'atïluence qui s'annonce d'autant plus que tous les trams sont supprimés à partir de 7 h du matin. Le soir arrive quand Joseph et Madeleine arrivent inopinément. Partis à 11 de Namur en phaéton ouvert ils sont débarqués a Auderghem puis par tram à Bruxelles. Voyage épique avec incidents divers, verglas tombant dru au matin le long de la route, dîner à Wavre. Branle-bas pour préparer les couchettes, souper et coucher. Charles n'est pas rentré et fait défaut. Arrestations d'accapareurs, femmes tondues et exposées.




Vendredi 22 nov.

Beau, soleil. Le grand jour du
triomphe.
Lever de bon matin et mouvement intense. Déjeuner copieux et fortifiant. Le journal "La Libre Belgique" à la gloire, article de fonds : A Albert Le fort. Départ chacun de son côté: maman, Anna et moi nous nous balladons sur les Boulevards avant de gagner la Chambre où 2 cartes de tribune ont été mises à ma disposition. A la salle de lecture de la Chambre on se rencontre heureux et contents de la journée. Journée de triomphe et remplie d'enthousiasme. Trouvé entre autres MM. Liebaert, Hubert, Depot, Reynaert, de la Faille, etc. ect. Colaert, de Jonghe d'Ardoye, et tutti quanti. Quelques uns si pas tous ont vieilli et sont déprimés particulièrement Colaert et Despot dont le moral semble atteint. La Chambre s'ouvre sous la présidence de Mr Visart, doyen d'âge et on procède à la nomination des délégations pour le Roi, la Reine et la famille royale. J'en fais partie et me trouve au perron avec Mr de la Faille lorsque le Roi s'approche dévisageant ses deux voisins du Sénat. Quel souvenir et heureuse attention de sa part.
Les détails de la réception trop longs se trouvent dans les journaux. Journée historique et d'enthousiasme. Je rentre vers 2 heures l/2 pour dîner où se retrouve tout notre monde. Chacun de son côté place son mot et bientôt les jeunes ménages rentrent à Vilvorde, Saventhem.
Après souper pendant 2 heures, bras à bras, promenade au milieu d'une foule au parocisme de la joie. Rue Neuve, Hôtel de Ville, Boulevard Max etc. Rentrée vers 10 h.



Samedi 23 nov.

Beau, soleil.

Course au matin avec Jean question de passeport pour se diriger sur Paris. On lui renseigne
les bureaux de la Légation Espagnole.
A 2 h Te Deum à Ste Gudule. Deux lettres de Félix datées du 16 nov. Bruges. Santé et
moral intacts mais désir de rentrer au plus tôt à Ostende. Sur le point de nous arriver en vélo
il reçoit ordre d'aller à Calais. Quelle rassurante nouvelle au milieu de la joie universelle. La
famille aura son héros de la guerre.
Ste Gudule comble, affluence extraordinaire de personnages officiels, tribunaux, ambassade,
Sénat, Chambre, fonctionaires etc. Le Roi reçu par Son Eminence,Te Deum. Après la
cérémonie la musique militaire exécute la Brabançonne et le public y va de son chant. Lors
du défilé au départ le Roi, la Reine, Général Léman, Ambassadeur d'Espagne, Hollande,
nouveaux Ministres, etc. Max, Solvay etc. sortent acclamés au passage.
Réunion chez Charles avec Albert, Henri et Jean pour mesures à prendre concernant la
liquidation.
Retour